À l’ère de l’IA, l’auteur doit-il être réinventé ?

📅 Mercredi, c’est la journée mondiale du droit d’auteur.
𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐚̀ 𝐥’𝐞̀𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐈𝐀 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞… 𝐞𝐭 𝐬𝐢 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐧’𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧 ?

🌍 En deux ans, l’IA générative a conquis 200 millions d’utilisateurs.
Les modèles de langage ne copient pas : ils digèrent, stylisent, mimétisent.
Un faux Ghibli. Des “starter packs” dans le style de. Le mimétisme devient une fonctionnalité. Et la création, un produit dérivé.

Ce n’est pas une simple révolution technique. Le bouleversement est économique, juridique, culturel.

Et pourtant :

𝐌𝐢𝐜𝐡𝐞𝐥 𝐅𝐨𝐮𝐜𝐚𝐮𝐥𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐚𝐢𝐭 𝐝𝐞́𝐣𝐚̀, 𝐞𝐧 𝟏𝟗𝟔𝟗, 𝐝𝐞 𝐥𝐚 “𝐦𝐨𝐫𝐭 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫”.

Ce n’était pas une provocation, mais un déplacement : l’auteur, écrivait-il, n’est pas la source de son texte, mais une fonction. Une manière pour les sociétés d’organiser les discours, d’attribuer, de classer, de contrôler.
Ce qui importe, ce n’est pas qui écrit, mais quel régime de vérité est activé par le texte.

Aujourd’hui, ce régime vacille. Avec l’IA générative, n’importe qui peut produire du contenu dans le style d’un autre.

Roland Barthes avait répondu à Foucault : « Un texte, c’est un tissu de citations. »
Il n’y a jamais eu d’œuvre totalement pure, totalement nouvelle. Même les grands peintres avaient des ateliers. Même l’Iliade était un patchwork de récits oraux.

Mais à l’ère de l’IA, ce constat devient système. Ce qui relevait de la critique littéraire devient un problème juridique et économique. Ce que l’on considérait comme marginal (le remix, le plagiat, le pastiche) devient la norme.
– Les procès se multiplient contre OpenAI, Meta ou Stability AI.
– Les IA sont entraînées avec des contenus protégés utilisés sans consentement.
– Les artistes, journalistes, éditeurs s’inquiètent. Que vaut une signature, quand tout peut être répliqué ?

𝐋’𝐈𝐀 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐧’𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫, 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐨𝐛𝐥𝐢𝐠𝐞 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐧𝐢𝐫 𝐬𝐚 𝐩𝐥𝐚𝐜𝐞.
→ Repenser ce qu’est une œuvre.
→ Revaloriser ce qui fait trace, ce qui fait style, ce qui fait singularité.
→ Adapter le droit pour protéger ce qui compte — sans figer ce qui change.

🇫🇷 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐞𝐧 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐪𝐮’𝐞𝐬𝐭 𝐧𝐞́ 𝐥𝐞 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐝’𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫.
En 1777, Beaumarchais fonde la première société d’auteurs pour défendre les dramaturges face aux théâtres.
Une avancée radicale pour l’époque : reconnaître la propriété intellectuelle des créateurs, leur garantir un revenu, affirmer leur place dans la société.

250 ans plus tard, nous nous devons d’être tout aussi innovants.