Août 2025. Sam Altman : « Oui, il y a une bulle » avec des « valorisations insensées ».
Quand le prophète doute de sa prophétie, l’attention est requise.
L’ivresse des sommets
490 milliards $ de capex IA d’ici 2026. 2 800 milliards $ d’ici 2029.
Les hyperscalers investissent à un rythme « parabolique » qui dépasse toute référence historique. Plus troublant : ces investissements sont devenus le poumon artificiel de l’économie américaine. George Saravelos (Deutsche Bank) l’affirme sans détour : « Les machines IA sauvent littéralement l’économie US. »
Sans ce choc d’investissement, les États-Unis auraient frôlé la récession.
Mais voici le paradoxe qui fait trembler Wall Street…
Un château de cartes à 800 milliards ?
Bain & Company a fait le calcul que personne ne voulait faire : un déficit de 800 milliards $ entre les revenus nécessaires (2 000 G$ annuels) et la réalité du marché d’ici 2030.
Nous construisons des cathédrales numériques sans savoir si les fidèles viendront prier.
L’accord Nvidia-OpenAI l’illustre parfaitement : 100 milliards $ d’engagement – le PIB du Luxembourg – pour une seule relation commerciale. Une fuite en avant ? Ou le prix de l’avenir ?
Cette question devient existentielle quand on réalise l’ampleur de la concentration…
Le S&P 500 ? Plutôt le S&P 10
40% du S&P 500. 50% des gains depuis 2021.
Dix entreprises. Dix. Torsten Sløk (Apollo) ne mâche pas ses mots : « C’est pire que 1999. » La bulle internet était un jardin d’enfants comparé à aujourd’hui.
Pourtant – et c’est là que l’histoire bascule – un signal commence à émerger du bruit…
Le paradoxe de la productivité invisible
Contrairement au narratif catastrophiste, la productivité augmente ! +3,3% au T2 2025. +14% pour les agents assistés par IA (NBER).
Mais voici le twist : Goldman Sachs révèle que 115 milliards $ de dépenses IA sont mal comptabilisées. Nous mesurons le futur avec les outils du passé.
Ce décalage n’est pas une anomalie. C’est la signature des ruptures technologiques majeures, le symptôme classique de la destruction créatrice.
Brynjolfsson-Rock-Syverson l’ont théorisé : investissements massifs aujourd’hui, cash-flows et productivité (après) demain.
Électricité, informatique, internet – même histoire. Sauf que cette fois, trois bombes à retardement sont amorcées :
- Temporelle : 2 800 Mds $ en 5 ans (vs décennies avant)
- Physique : 55 GW nécessaires = 55 réacteurs nucléaires
- Systémique : Si ça craque, le PIB plonge mécaniquement
La question à 2 800 milliards
Finançons-nous la plus grande infrastructure sans business model ? Ou bâtissons-nous – dans la douleur – la prochaine civilisation ?
L’histoire murmure sa réponse : les bulles d’infrastructure laissent toujours un héritage. Les rails du Far West ont fait faillite. Les trains roulent toujours.
Pour l’Europe, spectatrice de cet emballement, deux options :
- Profiter du chaos pour bâtir souverain
- Attendre l’explosion pour racheter les morceaux
Le prophète a-t-il eu raison de douter, et tort d’investir ?
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Sources : Deutsche Bank (Saravelos, sept. 2025) | Citi Research (trajectoire capex) | Bain & Company (déficit revenus-compute) | BLS/BEA (productivité T2 2025) | Apollo (Sløk, concentration S&P 500) | NBER (études productivité) | Goldman Sachs/Business Insider (blind spot comptable) | Nvidia-OpenAI LOI (Reuters)