L’IA n’ajoute pas de profondeur

IA

La plupart des entreprises utilisent l’IA pour peindre plus vite. Elles peignent souvent à plat.

Avant 1425, la peinture occidentale était plate. On peignait les personnages importants en grand, les autres en petit. Hiérarchie symbolique, pas représentation du réel.

Puis Brunelleschi, à Florence, codifie la perspective linéaire. Le point de fuite. Soudain, le tableau n’est plus une surface. Il devient une fenêtre. Ce n’était pas une amélioration technique. C’était une mutation de la vision elle-même.

Nous vivons le même basculement. La plupart des entreprises utilisent l’IA comme les peintres médiévaux auraient utilisé la perspective : pour faire la même chose, en plus rapide. On automatise des rapports. On génère des slides. On accélère des process. On peint plus vite. Toujours à plat.

C’est une erreur de catégorie.

La perspective n’a pas rendu les peintres plus productifs. La profondeur était là. Elle attendait un langage pour apparaître.

L’IA a le même potentiel. Et le même piège. Elle peut révéler ce que l’œil humain ne voit pas : des motifs cachés, des régularités enfouies.
Mais elle peut aussi industrialiser la platitude à grande échelle.

Tout dépend de l’œil qui regarde.

Brunelleschi n’a pas inventé la profondeur. Il a inventé une façon de la voir.

L’IA ne crée pas de stratégie. Elle attend qu’un stratège lui dise quoi chercher.

Le paradoxe économique reste intact : la perspective était accessible à tous les peintres florentins. Seuls quelques-uns ont su en faire un avantage.
Masaccio. Piero della Francesca. Mantegna. Les autres ont continué à peindre à plat, avec un point de fuite décoratif.

L’outil était démocratisé. La vision, jamais.

Demain, toutes les entreprises auront accès aux mêmes modèles. La différence ne sera pas dans l’algorithme. Elle sera dans l’œil.