L’effondrement de l’attention

L’effondrement de l’attention

Pendant un siècle, chaque génération a mesuré un QI supérieur à la précédente. On appelait ça l’effet Flynn. Mieux nourris. Mieux soignés. Mieux instruits. La courbe montait.

Depuis vingt ans, elle descend. Pas partout. Dans les pays développés. Ceux qui ont le plus d’écrans. Ceux qui ont supprimé l’ennui.

L’ennui est le terreau de la pensée. Le divertissement en est le pesticide.

La main qui swipe n’est pas la main qui écrit. Elle ne construit pas. Elle chasse. Elle glisse d’un stimulus à l’autre. Elle n’attend rien. Elle ne retient rien.

L’effet Flynn n’était pas un miracle. C’était le dividende d’un siècle d’investissement dans le temps long. Lecture. Silence. Effort. Friction volontaire.

Nous avons décidé que cette friction coûtait trop cher. Je le vois dans les comex.

Des dirigeants brillants qui ne lisent plus un document de plus de deux pages. Des réunions stratégiques interrompues toutes les trois minutes. Des décisions prises sur un slide, jamais sur un raisonnement.

Le QI n’est qu’un indicateur. Ce qui se joue est plus profond : la capacité collective à s’arrêter, à douter, à construire une pensée qui résiste au bruit. Au consensus. Aux biais.

L’attention est une infrastructure. Nous la laissons s’effondrer. La tablette se remplace. L’attention, jamais.

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Image : Chardin, Le Jeune Dessinateur (1737) — concentration, silence, effort de la main. L’anti-scroll.