IA et effet McNamara : quand les données font perdre la guerre

IA et effet McNamara : quand les données font perdre la guerre

Vietnam, 1965. Sorties aériennes. Tonnes de bombes larguées. Villages « pacifiés. » Body count. Chaque semaine, les tableaux de bord disaient victoire. Chaque semaine, le terrain disait défaite.

Robert McNamara avait construit le système de mesure le plus sophistiqué de l’histoire militaire. Diplômé de Harvard. Ancien président de Ford. Il mesurait tout.

Tout, sauf ce qui comptait. Le moral adverse. L’enracinement culturel. La volonté politique.

La leçon n’a jamais été tirée. Elle a été industrialisée. L’IA est la plus puissante machine à McNamara jamais construite. Plus précise. Plus rapide. Plus aveugle.

L’œil qui lit un dashboard n’est pas l’œil qui lit un visage. Il ne doute pas. Il ne cherche pas. Il valide. Il glisse d’un chiffre vert à un chiffre vert. Il rassure sans comprendre.

Plus le tableau de bord est précis, plus l’angle mort est profond. Des reportings rassurants de projets qui craquent en silence. Des clients satisfaits qui signent chez le concurrent. Des valorisations record sur des fondamentaux qui s’effritent.

McNamara avait les meilleures données disponibles. Il a perdu une guerre. Pas malgré ses données. À cause d’elles. À cause de ce qu’elles ne montraient pas. Et qu’il a cessé de chercher.

Ses données ne décrivaient pas le Vietnam. Elles décrivaient McNamara.

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Image : René Magritte, La Reproduction Interdite (1937). Le miroir qui ne renvoie que ce qu’on lui tourne.